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lundi 23 juin 2014

Un KC-135 sur deux réacteurs

On était en Guerre…pourtant rien ne laissait penser que l'équipage de "Balls 13" allait connaître une aventure aussi palpitante, et qu'ils passeraient à deux doigts d'y rester !

Une histoire assez incroyable d'un KC-135 devenu bimoteur par la force des choses...heureusement, l'histoire se termine bien !

Nous sommes en février 1991, en pleine Guerre du Golfe et "balls 13" est un KC-135E, serial 58-0013 (oui, en 1990, un avion fabriqué en 1958 volait encore et il n'était pas le seul !). Le KC-135 est une citerne volante de l'USAF, chargé du ravitaillement en vol des chasseurs et bombardiers. Depuis plusieurs semaines déjà, les équipages vont et viennent en permanence, prenant l'air au gré des urgences et des raids. Le rythme est épuisant pour tous, mais chacun se donne à 200% pour parvenir à tenir le rythme demandé par l'USAF lors de la campagne. L'équipage de "Balls 13" est constitué de quatre hommes : le lieutenant colonel Kevin Sweeney, commandant, le captain Jay Selanders, copiplote, le captain Greg Mermis, navigateur, et enfin le Senior master Sergent Steve Stucki, "boomer", tous sont normalement basés à Grissom AFB.

L'équipage de "Balls 13"


Leur mission est de ravitailler des chasseurs pour un raid de nuit. Ils décollent à bord de "Balls 13" au coucher du soleil, il est alors 17h24. L'avion décolle et monte en altitude sans encombre, mettant le cap sur sa zone de ravitaillement.

Aux commandes dun KC-135E


L'appareil traverse alors quelques turbulences, rien de grave, jusqu'à un moment précis qu'aucun des membres d'équipages n'est prêt d'oublier : l'appareil part soudainement hors de contrôle comme si un marteau géant venait de le frapper, oscillant dangereusement alors que les pilotes se débattent au commandes, sans avoir l'impression de contrôler quoi que ce soit…l'appareil passe presque sur la tranche avant de repartir en sens inverse, le tout avec une intensité et une force inouïe, le nez passant en une seconde de +20 à -20 degrés, avant de repartir dans l'autre sens…

Le colonel Sweeney n'a pas besoin de regarder ce qui se passe : il sait qu'il est en train de tomber en chute libre…heureusement son entrainement lui revient : il ouvre les aérofreins en grand…et miracle, ça marche ! Heureusement pour lui, l'appareil n'est pas passé sur le dos, ce qui aurait sans doute été fatal. Il vient de dépasser le taux de roulis qui est de 45° par seconde au maximum d'après le manuel : son appareil à survécu à un roulis de 90° par seconde !

à bord d'un KC-135E


Progressivement Sweeney et Selanders arrivent à reprendre le contrôle, lorsque les deux voyants incendie s'allument pour les deux moteurs situés sous l'aile gauche. Sweeney sent que l'appareil est lourd, et il pique du nez pour prendre de la vitesse, tout en actionnant les extincteurs…et rien ne se passe ! Stucki, le "boom operator" part à l'arrière pour regarder ce qui se passe…avant de faire son rapport par radio "Les moteurs ne sont pas feu…ils ne sont plus là, ils ont disparu !".

Les deux moteurs de l'aile gauche ont été arrachés par la violence des turbulences…"Balls 13" est devenu bimoteur. Le pilote vidange rapidement son carburant pour s'alléger au maximum, mais la situation est tendue : de nuit avec un appareil à peine contrôlable et au dessus du territoire ennemi, il y a mieux comme manière de passer sa soirée.

La vue "normale" sur l'aile gauche, avec deux moteurs bien accroché sous les ailes...


"Mayday, Mayday", l'équipage demande une approche directe sur le premier terrain contrôlé par la coalition, situé à 15 minutes de vol. L'appareil reste contrôlable, même si cela demande la concentration des trois pilotes à 200%..et ils vont tenter un atterrissage. Pour cela il faut descendre le train atterrissage, mais comme les deux moteurs ont été arrachés, il n'y a plus assez de pression hydraulique pour descendre le train : il faut le descendre à la main comme les bombardiers d'antan.

"Stucki, combiende temps pour descendre le train" demande Sweeney, "7 minutes mon colonel"…"on en a pas 7, on en a que 3" sera la réponse du commandant. Stucki ne se laisse pas démonter et répondra avec toute l'assurance du professionnel qui connait son avion : "ce sera fait dans trois minutes !"

Une aile bien nette...


Trois minutes plus tard, le train est descendu, et "balls 13" termine son vol sur la piste d'un terrain sommaire, mais sur ses roues. Le travail d'équipe entre tous les membres d'équipage à payé : l'appareil est entier au sol (si l'on excepte les deux moteurs). L'appareil est sauvé, l'équipage aussi, et c'est un véritable exploit : personne n'avait jamais posé de 707 avec deux moteurs physiquement absents !

Un des deux moteurs sera même récupéré comme souvenir !

L'USAF reconnaissant la bravoure et la maîtrise de l'équipage, décide de leur attribuer des médailles : une commission de l'USAF attribue ainsi trois "Distinguished Flying Cross" et une "Air Medal" aux quatre membres d'équipages. Etrangement, Stucki, le "boom operator" qui est aussi le seul non officier de l'équipage se voit attribuer une "Air Medal", belle décoration mais aussi beaucoup moins prestigieuse que la DFC, attribuées aux trois officiers ! Dave Stucki est pourtant celui qui a réussi à baisser le train principal en trois minutes au lieu des sept minutes du manuel…

La Distinguished Flying Cross


Devant cette injustice, les officiers vont faire bloc : ils vont alors refuser la médaille qu'on leur attribue. Après une année de procédure et une rencontre avec un général quatre étoiles, l'injustice sera réparée, et les quatre hommes recevront sur le même podium et le même jour la même médaille : la "Distinguished Flying Cross", marquant ainsi leur bravoure au cours de cette mission qui failli bien être leur dernière !

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