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lundi 8 octobre 2012

AMOR, AMOR (1/2)

AMOR, AMOR...non, je ne fais pas de pub pour un parfum célèbre comme ma fiancée aime à le dire, mais je veux vous présenter un avion, ou plutôt une famille de trois avions un peu particulière : les DC-7 AMOR, AMOR signifiant "Avion de Mesures et d'Observation au Réceptacle"

F-ZBCA, AMOR n°1


Pour mieux comprendre ce terme, un petit retour en arrière s'impose. Au milieu des années 60, sous l'impulsion du général de Gaulle, la dissuasion nucléaire française commence à prendre forme. Lors de la mise au point des missiles balistiques, il était nécessaire de procéder à des tirs d'essais, tirs qui avaient pour but à la fois de mesurer les capacités réelles de nos engins, mais aussi de montrer à tous les observateurs étrangers la crédibilité de la menace française, certes bien moins menaçante que les systèmes soviétiques et américains. On fait ce que l'on peut avec ce que l'on a…la France ne s'est d'ailleurs pas mal débrouillée dans cette histoire.

Pour réaliser ces tirs d'essais, il fallait une base bien équipée. Offrant un périmètre dégagé, tout en étant dans une zone peu urbanisée - du moins à l'époque - l'armée choisit de s'implanter près de Biscarosse dans les Landes. Le Centre d'Essais des Landes (CEL) est encore en activité aujourd'hui et sert de base à tous les tirs d'essais des missiles balistiques.

Ces tirs d'essais demandaient également à la marine et à l'armée de l'air de mobiliser d'importants moyens de suivi et d'essai depuis les bases à terre et en mer. Malgré tous les moyens d'essais engagés - stations de suivi, navires radar, installations radio - il manquait un élément pour suivre l'arrivée au réceptacle, c'est-à-dire l'impact de l'ogive (inerte) dans l'océan. Seul un avion pouvait fournir une telle observation.

La "raison d'être" des AMOR : les missiles M20 et S3 (exposés au MAE)

L'armée de l'air s'est donc mise en chasse d'un appareil robuste mais agile, ayant une grande autonomie pour être capable  de suivre les ogives en phase terminale. La demande était de trois appareils - afin de pouvoir en envoyer deux sur zones, le troisième restant en réserve, ce qui n'était pas suffisant pour envisager la création d'un modèle spécifique. Il faudrait donc modifier des appareils existants.

Le Service d’Équipement des Champs de Tir (SECT) évalua plusieurs appareils, avant de choisir le DC-7 en septembre 1963. Il ne restait plus qu'à modifier légèrement l'appareil pour installer les équipements d'essais et de mesures. Des essais en souffleries seront nécessaires pour vérifier la bonne intégration de l'ensemble. En effet, ce n'est pas moins de deux radars qu'il va falloir installer, deux radômes imposants qui vont modifier profondément la silhouette racée du DC-7.

Le radôme supérieur.
Un premier radar est installé au dessus du fuselage, pour permettre le suivi de l'ogive pendant sa rentrée dans l'atmosphère, et un deuxième est installé sous le ventre de l'appareil, pour suivre la séquence finale, et marquer le point d'impact sur l'océan.

Le radar "haut" est un radar à antenne fixe qui nécessite un radôme de petite dimension, situé au dessus du centre de gravité. C'est une modification que l'on retrouve sur nombre d'avions radar, qui ne pose pas de souci. Le radar ventral pose d'autres soucis : il s'agit d'une antenne rotative qui doit être placé en dehors de la cellule de l'avion pour avoir un champ de vision le plus large possible. Le radar est également placé en avant du centre de gravité, et perturbe l'écoulement aérodynamique sous le nez, ce qui dégrade la maniabilité de l'appareil en lacet.
L'imposant radôme ventral

En plus de ces modifications, quatre postes d'observation, appelés "blisters" sont installés dans la cabine. Ils se caractérisent par une protubérance le long du fuselage, avec des vitres d'observation pouvant être ouvertes à basse altitude afin de mieux observer le point d'impact. On trouve également un périscope, un tube lanceur de fusée pour marquer les points d'impacts et d'autres antennes. Malgré cette avalanche de modifications, l'AMOR ne perd que 10km/h sur sa vitesse de croisière habituelle !
Intérieurement, de nombreux changements sont également apportés : un espace de détente/repos est aménagé à l'arrière, et une dizaine de postes de travail sont installés à l'avant pour le suivi et la mise en œuvre des équipements.

Les blisters d'observation, pouvant s'ouvrir à basse altitude pour permettre les prises de vues.

Équipement inhabituel : deux horloges à quartz d'une très grande précision (avec une dérive de l'ordre de 10 microsecondes par 24h). Cette précision permettait de dater précisément les enregistrements des appareils de mesures. Une synchronisation avant le départ avec les installations du centre d'essais des Landes permettait ainsi de calculer avec précision le plan de vol du missile. Lorsque que l'on sait que sur un missile balistique, une erreur de mesure d'une seconde se traduit par une imprécision de plusieurs dizaines de kilomètres...

L'autonomie de l'appareil sera également augmentée par l'ajout de réservoirs de carburant supplémentaires, la capacité de l'appareil passant de 28000 à 33000 litres, permettant à l'appareil de rester en vol pendant près de 25 heures ! Plus d'une journée de vol, souvent épuisante pour les pilotes et ennuyantes pour les ingénieurs et techniciens d'essais, qui n'étaient occupés que lors des phases de mesures. Ne disposant pas de moyen d'avitaillement sous pression, il fallait faire le plein par gravité (comme sur une voiture) ce qui prenait un temps certain. Autre conséquence : il faut installer des réservoirs d'huile plus grands pour assurer la lubrification des quatre moteurs de 3400ch pendant tout le vol.

La "cible" : une ogive d'un missile balistique S3D


Comme on peut le voir, les AMOR étaient des DC-7, mais modifiés pour une mission très particulière...plus de détails sur la carrière de ces appareils d'exception dans un prochain article !

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